Pour les non-avertis, hier soir, jeudi 26 février 2025, s’est tenu à L’Olympia : la 51e Cérémonie des César. Faute d’avoir remporté un César or l’occasion s’est présenté à cinq reprises, Benjamin Lavernhe, pensionnaire de la Comédie-Française, présente la Cérémonie. En Maître de Cérémonie, il succède ainsi à Jean-Pascal Zadi. Benjamin Lavernhe a usé de tous ses talents (d’acteur, d’acting, de danseur…) en reprenant des séquences phares de « The Mask » pour colorer une ouverture déjà dans les annales. 17 minutes de haute volée. Que dis-je ? Voltige.

Il finit par inviter la Présidente d’Honneur, Camille Cottin, à prendre place sur la scène. Sur la musique « Top Gun Anthem » d’Harold Faltermeyer et de Steve Stevens, « La Connasse la Plus Aimée du Monde » s’avance lunettes d’aviateur sur le nez, sur le tarmac. Sur fond d’un comique juste, elle nous interpelle sur l’absolutisme de certains dirigeants. Imaginez, un Monde où la Pensée serait morte !

 » Le Cinéma français est vivant parce qu’il est fragile. » – dixit Camille Cottin

Hier soir, au-delà des nommés et des primés, la France fêtait son Cinéma. Le Cinéma français est le 2ème cinéma au monde à s’exporter, après le Cinéma américain. Mais n’est-ce pas malvenu quand on se porte sur dehors ? En France, nous avons encore la liberté. La 51e Cérémonie est dédiée à tous les peuples luttant pour la Liberté au péril de leurs vies.

« Vive le Cinéma. Vive la France.« 

Liste non-exhaustive des films les plus nommés : Nouvelle Vague (10 nominations) ; Dossier 137 (8 nominations) ; L’Inconnu de la Grande Arche (8 nominations) ; La Petite Dernière (7 nominations) et La Femme la Plus Riche du Monde (7 nominations).

– Les acteur·rices au 1er plan, second plan et de Demain –

Meilleure actrice : Léa Drucker dans Dossier 137. Un 2ème César pour elle, dans cette catégorie. En 2019, elle l’obtient pour sa performance dans Jusqu’à la garde.

La remettante, Madame Isabelle Adjani, demande à tous les hommes présents dans la salle de se lever et d’applaudir pour soutenir toutes les femmes victimes de toutes les violences.

Meilleur acteur : Laurent Laffite dans La Femme la Plus Riche du Monde.

Meilleure actrice dans un second rôle : Vimala Pons dans L’Attachement. La Meilleure Femme secondaire. Pour elle, le deuil est propulsant. Vivant. Même de joyeux. Elle dédie son césar à tout ce qui reste de joyeux en nous.

Meilleur acteur dans un second rôle : Pierre Lottin dans L’Etranger. L’année passée, il était en lice pour le César de la meilleure révélation masculine avec En Fanfare. Il dédie son césar au peuple iranien.

Meilleure révélation féminine (ex Meilleur espoir féminin) : Nadia Melleti dans La Petite Dernière. Après son Prix d’Interprétation féminine 2025 décerné par le Jury d’Un Certain Regard. Elle reproduit le schéma tactique de sa réalisatrice, Hafsia Herzi. Elle remporte ce même prix en 2008 avec La Graine et le Mulet. 17 ans après ce 1er César, elle obtient l’année passée le César de la Meilleure actrice dans Borgo. En pleine lucarne, elle ramène le César d’Or à défaut du Ballon d’Or.

Meilleure révélation masculine (ex Meilleur espoir masculin) : Théodore Pellerin dans Nino. 1er québécois à recevoir ce prix. Nino, film tendre et humain, est à l’image de Pauline (Loquès), sa réalisatrice, et sa grandeur d’âme.

– Un Hommage à Brigitte Bardot.

– Le César d’honneur –

César d’Honneur remis à Jim Carrey. L’icône du burlesque. – dixit Adèle Exarchopoulos. En introduction, Emmanuel Curtil, sort de l’ombre pour la lumière. Emmanuel (Curtis), la voix française de Jim, se tient devant Jim et Jim (Carrey) se tient devant Jim. Camille Cottin, elle, lui énonce que le burlesque et la profondeur ont pour même bois : la vérité. Sa vérité.

Standing ovation pour Jim Carrey. Il s’exprime à la surprise générale, en français. Un français non médiocre. Sa vérité est que la boucle est bouclée avec cet illustre carré. En effet, son arrière arrière arrière (…) grand-père, Marc François Carrey, est parti de Saint Malo pour le Canada. Ainsi, un 2ème canadien est mis ce soir à l’honneur.

– Un Medley signé M (Matthieu Chedid) de musiques de films iconiques

La salle et les téléspectateurs dont moi-même ont été notamment saisis par la revisite de La Valse d’Amélie Poulain de Yann Tiersen. On attend un vrai feat. Benjamin (Lavernhe) scotche tout un chacun en jouant de la guitare et poussant les notes.

– Les faiseurs d’idées –

Meilleure adaptation : Carine Tardieu, Agnès Feuvre et Raphaële Moussafir pour L’Attachement. Adaptation de L’Intimité d’Alice Ferney (roman paru en 2020).

Meilleur scénario original : Franck Dubosc et Sarah Kaminsky pour Un ours dans le Jura. Un vrai césar après son « césario », de l’année passée.

Meilleure réalisation avec pour remettant, David Cronenberg : Richard Linklater pour Nouvelle Vague.

– La première fois –

Meilleur premier film : Pauline Loquès pour Nino. Film d’audace parce que ce film parle de dépression, de cancer, de chimio et de spermatozoïdes.

– Les meilleurs –

Meilleur film : L’Attachement par Carine Tardieu. 6ème femme a remporté ce Graal tout compressé. « J’ose croire que ça veut dire quelque chose (cette récompense). » Antoine Rein, Antoine Gandaubert, Fabrice Goldstein et Carine (Tardieu) travaillent sur leurs 5ème projets communs.

Meilleur film de court-métrage d’animation : Fille de l’eau par Sandra Desmazières. « Vive les Femmes. Vive l’Animation. »

Meilleur film d’animation : ARCO par Ugo Bienvenu. Nommé également aux Oscars.

Meilleur film de court-métrage documentaire : Au bain des Dames par Margaux Fournier.

Meilleur film documentaire : Le Chant des Forêts par Vincent Munier.

Meilleur court-métrage de fiction : Mort d’un acteur par Ambroise Rateau.

Meilleur film étranger : Une bataille après l’autre par Paul Thomas Anderson. « Les français aiment les étrangers. » dixit Marina Foïs. 

– Les autres personnages –

Meilleurs décors : Catherine Cosme pour L’Inconnu de la Grande Arche. Une équipe de 80 artisans sans IA.

Meilleurs effets visuels : Lise Fischer pour L’Inconnu de la Grande Arche, après être l’année passée, passée à côté. Elle note l’intelligence collective et non, l’intelligence artificelle.

Meilleurs costumes : Pascaline Chavanne pour Nouvelle Vague.

Meilleur son : Romain Cadilhac, Marc Namblard, Olivier Touche et Olivier Goinard pour Le Chant des Forêts. 4e documentaire s’imposant dans cette catégorie. Cri de vigilance. Ce documentaire invite à se taire. Ecouter l’autre et s’écouter.

Meilleure musique originale : Arnaud Toulon pour ARCO.

Les décors, les costumes ainsi que la musique servent les personnages et l’œuvre. Que serait-ce une œuvre, sans décors ? sans costumes ? sans musique ? En revanche, on déplore encore cette année, la non-création d’une récompense pour le maquillage et la coiffure.

Meilleure photo : David Chambille pour Nouvelle Vague.

Meilleur montage : Catherine Schwartz pour Nouvelle Vague.

Comme le souligne dans son discours si justement Carine Tardieu, ce soir, il y en a eu un peu pour tout le monde.

Petit récapitulatif : Nouvelle Vague (4) ; L’Attachement (3) ; Nino (2) ; L’Inconnu de la Grande Arche (2) ; ARCO (2) ; Le Chant des Forêts (2) ; Dossier 137 (1) ; La Femme la Plus Riche du Monde (1) et La Petite Dernière (1).

Cette soirée rentre aussi dans l’histoire des César. En effet, 44% de femmes ont été récompensées. Depuis la création des César en 1975, cette 51e Édition renvoie à la plus paritaire.

Petit récapitulatif : Margaux Fournier (César du Meilleur film de court métrage documentaire, Au bain des dames) ; Sandra Desmazières (César du Meilleur film de court métrage d’animation, Fille de l’eau) ; Pauline Loquès (César du Meilleur premier film, Nino) ; Carine Tardieu (César du Meilleur film, L’Attachement) ; Carine Tardieu, Agnès Feuvre et Raphaële Moussafir (César de la Meilleure adaptation, L’Attachement) ; Sarah Kaminsky (César du Meilleur sécanario original, Un ours dans le Jura, avec Franck Dubosc) ; Catherine Cosme (César des Meilleurs décors) ; Pascaline Chavanne (César des Meilleurs costumes) ; Lise Fischer (César des meilleurs effets visuels) ; Catherine Schwartz (César du Meilleur montage).

En plus des récompenses, la gente féminine ce soir tant du côté des remettantes que des récompensées, a fait preuve d’engagements à travers plusieurs discours. D’ailleurs, il semblerait que la performance tournée en plaidoyer acerbe d’Alison Wheesler ait fait trembler la Cour de l’Olympia. Va-t-elle briguer le mandat de Maîtresse de Cérémonie de la 52e ?