Présentement en compétition dans le cadre de SERIES MANIA 2026 avec « Eldorado », j’ai eu l’opportunité d’échanger avec Louis Farge (réalisateur), au dernier Festival de la Fiction.

Pour la rentrée de l’audiovisuel français et francophone, il faisait partie des six membres du Jury – Jury présidé pour rappel, par l’autrice à succès : Virginie Grimaldi.

– Jury vs compétiteur.

Vous êtes un habitué du festival. Cette année, vous endossez un nouveau rôle. Celui de Jury. Est-ce la Présidente du Festival, Sophie Revil, et son équipe qui vous contacte ? Ou Est-ce la Présidente du Jury, Virginie Grimaldi ?

Louis Farge : C’est le festival. C’est Sophie qui me contacte. Elle commence par me dire : « On sait que tu as une histoire particulière avec La Rochelle. » Depuis quatre ans, je viens. En 2022, j’ai présenté : Cuisine Interne ; en 2023 : FOLLOW – lauréate du Prix de la meilleure Série 52′ ; en 2024, je suis passé le temps d’une journée pour présenter : Eldorado. J’affectionne le festival et l’équipe le sait. Ainsi, Sophie et son équipe m’ont proposé cette année [année 2025], d’être Jury. À cette demande, j’étais trop heureux. Et c’est pile l’année où je n’ai rien à défendre et où je ne suis pas en tournage. Chose assez rare. Je lui ai donc dit : BANCO !

On a décidé ensemble, que l’usage du tutoiement était de rigueur décontractée. 😉

Comment tu imaginais cette semaine ? Est-ce que tu la visualisais plus « smooth » ou à l’inverse, plus dense que quand on prend part à la compétition ? Ou tu ne l’as pas du tout intellectualisé et tu t’es laissé porter par l’équipe.

Louis Farge : Tu te laisses porter. En plus, tu es très bien accueilli par l’équipe. C’est mon tout premier Jury. Quand tu viens, je pense, présenter une œuvre, c’est plus un 100 mètres. Tu te dois d’être efficace. Tu présentes, tu réponds aux interviews. Et là, c’est plus un marathon. Il faut tenir. Il faut tout voir.

« Un 100 mètres versus un marathon. »

Ces trois dernières années, j’ai beaucoup travaillé. J’ai peu regardé de choses. Et là, tu as l’obligation d’être et de rester scotché à ton fauteuil. Et ce pendant 4 projections par jour, de minimum 2 épisodes. C’est génial ! Avant, j’adorais regarder des trucs.

Cette année, je trouve, que tant dans la compétition que dans les « Fictions Événements » présentées le soir en hors-compétition, on perçoit une diversité et aussi, une exigence. Tout a pris un certain niveau. L’industrie française de l’audiovisuel a franchi le cap d’au-dessus. Tout le monde progresse même au stade des « pitchs ». On a une force d’histoire et de production au-delà du budget.

Et alors ce marathon ? (on s’est entretenus la veille du jour de la Cérémonie de Clôture avec la remise des Prix)

Louis Farge : Demain, en effet, on se réunit à huit clos pendant deux heures. Et toute cette semaine, on s’est retrouvés sur le temps du déjeuner pour échanger. Souvent, on est raccord. Mais quand il y a des avis discordants, c’est génial parce qu’il y a échange de points de vue. D’autant que tous, on s’estime beaucoup. L’exercice est vraiment plaisant. J’ai beaucoup aimé et appris de cette première expérience de Jury.

– FOLLOW me.

Moi, je te « follow » depuis FOLLOW mais est-ce que tu pourrais pour les non avertis, te présenter. Est-ce que tu es un enfant de l’audiovisuel ?

Louis Farge : J’ai commencé avec les webcams. Je faisais des montages dans ma chambre avec des potes. Mes parents ne sont pas du tout du milieu. J’ai fait beaucoup de figurations pour être sur les plateaux. J’adorais ça. Faire de la figuration était mon seul moyen de comprendre les rouages de chacun sur un plateau de tournage. Je me baladais je me rappelle, derrière le combo. L’équipe n’osait rien me dire pensant que j’étais le fils du producteur. Après le bac, j’ai fait du droit. Puis l’École de la Cité, pendant deux ans. Canal Plus m’a pris en stage au sein de leur Studio Bagel. Pendant deux ans, j’ai monté pas mal de petites fictions de 5 à 10 minutes. Une centaine de sketchs. En tant que jeune réalisateur, c’était incroyablement formateur ce laboratoire toujours alimenté. (…) Je suis partie chez BlackPills – un service de vidéo à la demande en streaming (SVOD) devenu aujourd’hui, une société de production. Je faisais des 10*10. Ensuite, j’ai remis un pieds dans la fiction avec Cuisine Interne. Cette série m’offre mon 1er Festival de la Fiction. Puis FOLLOW. 2e collaboration avec le diffuseur, 13ème Rue. 2e FFTV. 1er Prix. Quand je gagne le Prix avec FOLLOW, je suis déjà en préparation pour CULTE – la série reprenant l’arrivée de la télé-réalité en France avec, le concept du « Loft Story ». Après CULTE, je pensais me reposer. In fine, j’accepte un nouveau projet de la RTS (Radio Télévision Suisse) avec en coproduction : TF1. Et là, je viens de terminer Eldorado pour Arte.

– I follow you.

On retrouve très souvent dans vos réalisations : Marie Colomb. Est-ce un bel hasard ?

Louis Farge : C’est un bel hasard le jour où je la rencontre pour FOLLOW. Pendant ce tournage, je lui parle du fait que je vais ensuite réaliser CULTE. Il y a le rôle de Loana. Les producteurs et les auteurs pensent à elle. Marie (Colomb) se bat à faire des castings des castings et des callbacks pour Amazon. Elle a dû passer 5 essais. C’est énorme ! Et à chaque essai, à chaque fois, il faut convaincre. Moi évidemment, j’étais déjà convaincu mais il a fallu convaincre tout un chacun autour de la table pour ce rôle pivot. Avec FOLLOW, on a appris à se connaître. À rentrer en confiance. Avec CULTE se crée une relation de travail indéniablement très forte. Pour ELDORADO, je vois un personnage féminin. Le personnage n’arrive qu’à l’épisode 3 – chose dont je lui fais part – mais il est extrêmement important pour la suite de la série.

Qu’est-ce qu’il y a comme personnage écrit ? Qu’est-ce que le metteur en scène souhaite en faire ? Et derrière, en prenant une comédienne comme Marie Colomb, comment le personnage va-t-il être nourri ? Je place un grand intérêt en tant que réalisateur à la création des comédiens. La trajectoire qu’ils donnent aux personnages. Des comédiens que je considère, auteurs à part entière de la série.

On fait ELDORADO parce qu’il y a eu oui, deux séries mais aussi parce qu’elle est à chaque fois, la meilleure pour ce rôle là. À chaque fois, on se pose la question tous les deux en étant très honnête : Est-ce que c’est moi, le personnage ? Ou est-ce que c’est moi parce que tu as envie qu’on retravaille ensemble ? Évidemment, avoir la possibilité d’avoir Marie Colomb, c’est un énorme luxe. C’est une chance. Mais surtout, une force. A regarder comme elle porte FOLLOW. Et à l’inverse pour certains projets, je ne lui en parle pas parce qu’il n’y a pas de personnage.

Quel regard portes-tu, sur sa carrière ? Elle a été très récemment récompensée par le Prix Madame Figaro Rising Star Award (aux Canneseries) par le Prix Chopard (au Festival de Cannes) et encensée par certaines actrices françaises dont Marion Cotillard. Est-ce que tu as ce regard un peu de grand frère, d’ami ?

Louis Farge : Grand frère, non. En plus, nous avons le même âge. On est très copains. Marie, je pense, a une force de caractère et une force mentale que personne ne prend l’ascendant sur elle. Et a un instinct démesuré. Elle a toujours choisi à l’instinct même FOLLOW. On est très amis. Ainsi, définitivement, pas grand frère. On se donnent des conseils. On s’appelle, fréquemment. On échange sur les projets de part cette relation de confiance extra-professionnelle. Souvent, elle me dit : Merci encore pour CULTE. Et je lui réponds : Mais non, tu as fait le travail, bien en amont. Et lorsqu’elle reçoit, je pense, le Prix Chopard ou le Prix Madame Figaro, la profession salue et récompense tout son parcours et notamment, dans le cinéma. Marie, c’est une grande comédienne. Et c’est elle en réalité, qui vient me faire le cadeau de venir sur FOLLOW. C’est une grande instinctive.

– Petites indiscrétions.

Est-ce que tu aurais la date en exclusivité de diffusion d’Intraçables (anciennement sous l’appellation Logout) ? Série présentée à SERIES MANIA 2025 dont les deux premiers épisodes m’avaient attrapée.

Louis Farge : Vu qu’il y a deux diffuseurs, la RTS et TF1, il y a deux dates distinctes de diffusion. Et la RTS a la priorité de diffusion. On le savait dès SERIES MANIA, qu’il n’y aurait pas d’enchaînement. Mais normalement, incessamment sous peu, la RTS devrait la diffuser et TF1 pourra ensuite embarquer.

note de la rédaction : la diffusion sur RTS 1 date du 13 novembre 2025. Reste TF1.

Est-ce qu’après cette semaine de marathon en tant que membre du Jury, on laisse place au repos ?

Louis Farge : Alors, non. Il y a, je pense, différentes manières de se reposer. On fait un métier assez fabuleux. En ça, je pense, qu’on n’a jamais trop le droit de se plaindre d’un rythme. La seule question : c’est de se gérer soi-même. Qu’est-ce qui me fait du bien pour ne pas m’abîmer ? Plus on avance dans ce métier, plus on emmagasine de l’expérience, plus on apprend à se protéger. Et étant un peu névrosé comme tout réalisateur, je préfère être dans une sorte de mouvement perpétuel plutôt qu’être à l’arrêt. Non, je repars sur autre chose. Ça va être annoncé bientôt. Je repars sur quelque chose sans forcément poser une direction artistique mais plutôt réaliser quelques épisodes aux côtés d’un réalisateur que j’estime. Note de la rédaction : Le 6 novembre dernier, Louis Farge annonçait sur son compte Instagram : être aux côtés de Martin Bourboulon pour réaliser un nouveau thriller politique français programmé par Apple TV.

Après, je suis toujours dans une recherche de lecture de développement. À chaque fois, je me remets en question. À chaque fois, je me demande comment tel ou tel projet me fera progresser. En faisant attention toujours à bien placer mon ego. Je lis beaucoup de choses parce que je me dis comme pour le comédien, que je dois être convoqué par une histoire. Si elle me convoque, je me demande ce que je peux lui apporter. Quel souffle, je peux y mettre. Et quand j’y plonge, je dois oui m’écouter parce qu’un projet en tant que réalisateur, te tient pendant un an voire un an et demi. Quand tu le fais pour les bonnes raisons notamment avec conviction et passion, ça ne t’épuise pas parce que tu as envie d’être là. Et surtout, tu n’es pas blasé.

Une fin d’interview ponctuée humblement d’une leçon de vie.

Eldorado rentre en compétition officielle ce jour. Affaire à suivre.

Synopsis : En 1973, le choc pétrolier marque la fin des Trente Glorieuses. Heureusement, en France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Un aristocrate belge et un obscur savant italien parviennent à convaincre le puissant groupe Elf Aquitaine de l’existence d’un procédé révolutionnaire permettant de détecter du pétrole depuis les airs.