Flashback : Lors de la 27e Édition du Festival de la Fiction à La Rochelle fêtant la rentrée de l’audiovisuel français et francophone, j’ai eu le plaisir de rencontrer une partie de l’équipe défendant le projet « PHŒNIX » savoir : Franck Brett et Léo Legrand.

– Introduction.

Est-ce que premièrement, je peux vous demander succinctement de vous présenter ?

Franck Brett : Je suis réalisateur. J’ai débuté dans le genre sériel, il y a un peu près 5 ans par la série « BALTHAZAR » [diffusée sur TF1]. J’ai réalisé 10 épisodes (de la saison 3 à la saison 5). Après un film « Comme mon fils« . Puis une minisérie « L’ÉCLIPSE » [diffusée sur France 2]. Et j’ai enchaîné avec « PHŒNIX« .

Léo Legrand : Je suis comédien. J’ai commencé tout petit par le long-métrage de Laurent Boutonnat, « Jacquou le Croquant » (2006) jouant le jeune téméraire, Jacquou. J’ai continué avec entre autres « Les Enfants de Timpelbach« . Sur le tas, je me suis mis à jouer pour les séries comme « Endless Night » et plus récemment « ANTHRACITE » [diffusées sur Netflix].

Léo, Est-ce un plaisir de revenir au Festival de la Fiction, 8 ans après, avec ce projet ? Après avoir reçu en 2017, le Prix jeune espoir masculin Adami pour Un Ciel Radieux ?

Léo Legrand : Oui, c’est un projet qui me tient vraiment à cœur. On a réussi à mettre l’écologie au centre d’une série. On a vraiment envie de le défendre. Je suis venu il y a 8 ans avec une envolée lyrique. Une adaptation d’un manga (de Jirō Taniguchi) Un voyage poétique. Comment l’amour traverse-t-il les corps ? Les âmes ? Des questions métaphysiques. Là, on est sur des questions concrètes. Défendre « PHŒNIX » à La Rochelle, il y a un vrai message fort qu’on vient emmener.

– Projet « PHŒNIX » et son leader

Quand vous avez eu Franck le projet « PHŒNIX » entre les mains, avez-vous tout de suite dit : « Oui, let’s go ! » ? Ou vous avez pris un temps de réflexion mesurant le challenge au vu du propos pour le fictionnel « avant-gardiste ».

Franck Brett : Quand j’ai eu PHŒNIX entre les mains, le financement était déjà validé. En ça, on savait que le projet allait aboutir. Et l’écriture du scénario était quasi achevée, après un travail – travail mené par Louis Aubert, Matthieu Bernard et Clément Marchand – de 6 années. Il y a eu 30 secondes entre la fin de l’épisode 6 (de L’ÉCLIPSE) et le moment où j’appelle le producteur pour lui dire : Let’s go ! 30 secondes maximum. À la lecture, j’ai immédiatement eu un coup de cœur pour le texte les personnages l’originalité du propos… Tout de suite, des images en tête me sont venu. L’articulation des personnages originaire de différents pays européens ainsi que l’appropriation du sujet climatique actuel mais sans précédent pour le fictionnel m’ont séduit par rapport à tout ce que j’avais pu lire et visionner, ces dernières années.

Léo, Est-ce qu’à la lecture du personnage de Mathias, vous n’avez pas hésité ?

Léo Legrand : Aucunement. Mathias (Boissel), c’est un personnage plein de facettes. Il est extrêmement engagé et en même temps, c’est le personnage avec le plus gros ego. Un ego sur-dimensionné. Et de loin vis-à-vis des autres personnages. Mathias est plein de dualité. C’est ça qui est hyper intéressant à interpréter. On peut d’ailleurs se poser la question : est-ce que c’est un mec qui est « drivé » par son ego et qui a besoin de se trouver une cause pour imposer son leadership ou est-ce qu’il est vraiment animé par cette cause ? Ici : l’écologie. Et du fait de son ego haut placé, il prend les rênes et il se passe ce qu’il se passe dans la série.

– Casting

Qu’est-ce que représentait pour vous, Franck, la direction de comédiens avec des langues maternelles différentes ?

Franck Brett : C’est une vraie proposition dans le texte. Déjà, caster à Londres Berlin Barcelone et Paris, c’était inédit. À la lecture des dialogues, je les ai très vite entendu sur fond d’ambiance d’auberge de jeunesse. C’est bien le lieu où chacun se croise en se dépatouillant dans sa langue. Le plateau (de tounage) s’est transformé en une vraie colonie internationale.

En plus d’avoir été une réelle et personnelle motivation. C’était un peu un rêve de gosse de diriger en anglais. L’allemand, je le comprends très bien. Je suis né à 10 km de la frontière franco-allemande et l’allemand dans ma famille y est parlé. En revanche l’espagnol, je ne l’ai pas du tout. En ça, ma seule demande/contrainte au casting, était que les comédiens espagnols parlent soit anglais soit français.

Il n’y avait pas d’interprète ?

FB : Non, je ne voulais pas. Quand on rajoute un tiers, de facto une distance se crée. J’ai besoin d’être au plus proche de mon comédien. Et tourner avec des comédiens européens ajoute quelque chose de vraiment exaltant.

Si je fais un parallèle avec les « coachs enfant(s) », je les refuse. C’est propre à ma direction. Je respecte leur travail mais encore là, ils représentent un intermédiaire.

Vous gériez en ça, le temps de Sony ?

Franck Brett : Pour une jeune enfant de 6 ans comme Sony, c’est 4 heures de plateau par jour. En amont, ce paramètre de temps est intégré avec l’assistant-réalisateur aux feuilles de route et à l’instant T, suivant la fatigue de l’enfant, on le réévalue. Sony avait une doublure. Chacune in fine, couvre la moitié des plans (Une de face ; l’autre de dos). D’autant que Sony comme tous les autres enfants, est présente sur beaucoup de scènes.

Pour l’anecdote : Je me suis inspiré de ce qui pouvait se jouer sur le plateau pour nourrir certains personnages. Notamment celui de James. Will (Attenboroug) ne parle pas si bien français et dans la série, il est censé essayer. En plateau, on l’a beaucoup travaillé avec lui seulement quand il n’y arrivait pas, il repassait automatiquement en anglais. Ça le rend tellement touchant. – dixit Léo.

– « Green On Set »

Est-ce qu’au vu du propos, vous avez essayé de faire un peu plus attention à être « green » pendant le tournage ? 

Franck Brett: L’épisode 1 est entièrement tourné en France et non, en Allemagne Espagne et Suisse. Scoop ! On n’a aucunement tourné ni en Suisse ni en Espagne ni en Angleterre. On a juste fait un court séjour dans un studio belge disposant d’un plateau virtuel. 

Avec Pauline (Gil), notre éco-référente – nouveau métier de l’éco-production, on portait évidemment une grande attention à tout ce qui pouvait être écolo sur le plateau. Ça se traduit par : aucune bouteille plastique, aucun emballage plastique, des plats végétariens et des gobelets à son nom.

En réalité, son travail commence bien plus en amont. Dès la lecture du scénario, elle note toutes les petites choses pouvant être retravaillées sans dénaturer le bon déroulement de l’histoire. Exemple : là, il arrive à dix voitures or est-ce qu’on ne pourrait pas commencer directement à l’intérieur du commissariat ? Elle intervenait directement avec moi, à la mise en scène.

Le covoiturage ou le train ont couvert la quasi-totalité de nos déplacements. Malheureusement, par souci d’emploi de temps de certains comédiens, il y a eu quelques trajets en avion. 

À tout niveau, nous avons été extrêmement vigilants avec l’appui de Pauline. L’inverse aurait été très hypocrite de notre part.

– Direction artistique

En tant que réalisateur, diriez-vous que votre direction d’acteur est assez libre ? Le comédien, peut-il être force de proposition ?

Franck Brett : Je vais laisser Léo répondre.

Léo Legrand : Carrément. Déjà, on n’était pas au mot près. Sur beaucoup de tournages, les scénaristes sont très à cheval sur le texte. Je le comprends. Là, on était sur quelque chose de chorale. Vu qu’on était tous tout le temps sur le plateau, on pouvait rebondir sur ce qui se disait, jouait. Le texte parfois a été remanié quand on ne l’avait pas bien en bouche. Ou qu’on trouvait que le rythme n’était pas bon.

FB: Je laisse une énorme liberté de texte. Quand on fait la mécanique avec tout le monde avant de tourner, s’il y a quelque chose qui sonne faux, on ajuste. On corrige des répliques, ajoute des réactions. C’était important de faire vivre le groupe. Il faut que ça sonne vrai. Être libre par rapport au texte me le permet. Aussi, j’ai accordé une importance au cadrage. Ils ne sont pas tout le temps, en plan serré. C’est un groupe : les PHŒNIX. Ainsi, j’allais chercher les réactions de chacun d’entre eux. Hyper libre vis-à-vis du texte mais je suis intransigeant sur les émotions.

«  Tout le monde était au service de la série sans aucune histoire d’ego.

Une vraie cohésion.

Tout le monde était là pour faire un truc bien et non, juste pour se montrer.

Une belle équipe. « 

FB et LL : On a rendu le texte vivant, en l’enrichissant.

– Projet « PHŒNIX » et son positionnement

Appréhendez-vous certaines réactions caricaturales ? En somme : l’apologie des « écoterroristes » pour l’écologie, par certains interviewers ou à la sortie de projection.

FB : Ce n’est pas dans la salle ni à la sortie (de projection) que j’avais peur.

En amont, à l’écriture puis en plateau, la vidéo – vidéo de revendications – tourné par le groupe a suscité le débat. À toutes les strates de l’équipe. Moi, je voulais qu’il porte des cagoules. Immédiatement et inévitablement, le port de la cagoule inspire le terrorisme. J’ai tenu parce que j’avais une certaine vision. Comment montre-t-on les militants écologistes ? Attention, on est dans le fictionnel. On ne montre pas les militants écologistes d’aujourd’hui, mais ceux de Demain. C’est un groupe de 6 personnes et ces derniers vont plus loin que les défenseurs d’aujourd’hui. Et deuxième chose : la vidéo est adressée aux parents. Elle n’est pas censée être rendue publique. La vidéo devait inspirer la peur – d’où le choix de la cagoule et non, d’un bandana – chez les parents.

En dehors de la vidéo de revendications, on voit bien dans le déroulé de la narration, que c’est de bonnes personnes. Oui, on en a eu de vives discussions sur la représentation qu’on en ferait. Et de facto, des personnages qu’on présentait.

Je pense également à la scène de manifestation. Encore là, ça reste un mouvement fictif. Parfois, une manifestation dérape à cause d’un ou deux éléments et non, du groupe. Et parfois les médias relayent juste les débordements et non, le propos.

La phrase que j’aime répéter, c’est que :

C’est des bonnes personnes qui font des mauvaises choses pour des bonnes raisons.

C’était ma ligne de conduite.

LL & FB : Lors d’interviews, on nous a demandé si on prônait la violence ou non. On ne condamne ni ne prône. Certains journalistes ont été presque attaqués en nous disant que ce n’était pas assez plat. On a fait des choix forts. N’est-ce pas là le meilleur compliment qu’on t’ait fait ? Ce n’est pas assez plat ! – reprend Léo.

FB : Avec PHŒNIX, on discute vraiment du fond de la série. C’est ce genre de projet de fiction que j’ai envie de défendre. Pourquoi je fais ce métier ? Outre le fait de raconter des histoires, j’ai envie de faire réfléchir les gens.

Je ne fais pas juste de l’Art pour faire de l’Art. Et ne rien raconter.

Là, j’ai une responsabilité. J’ai un truc sérieux à raconter et je dois de le faire bien.


L’écologie même si on en parle tous, tout le monde s’en fout. Et la série le montre. Avec PHŒNIX, on a choisi de faire bouger les lignes. Secouer les mentalités. La série illustre tout en restant dans une projection, ce qui pourrait advenir si le politique ne fait rien.

J’ai vu ce matin quartier Saint-Nicolas une fresque : Notre maison brûle et on regarde ailleurs. – J. Chirac.

FB & LL : C’est le producteur, Nicolas (de Saint Meleuc). Il l’a fait, cette nuit. On l’a vu avec les bombes (de peinture) dans les mains. À 2 heures du matin. D’ailleurs, il est en garde à vue. En espérant ce soir qu’il soit là pour la Cérémonie de Clôture. 

PHŒNIX est un cri d’alerte.