Lors des derniers CANNESERIES, j’ai eu le privilège d’interviewer Un Prophète en L’Humain : Mamadou Sidibé.
– Être Un Juré parmi le Jury
« Siffle-moi », si je commets un hors-jeu. 1re fois à Cannes. 1re fois à CANNESERIES. Est-ce un des membres de l’Équipe Artistique qui t’a sélectionné ? Ou est-ce Canal Plus, Partenaire Officiel historique et emblématique de CANNESERIES, qui a glissé ton numéro de maillot au Président, Monsieur Benoît LOUVET ? pour être membre de la sélection du Jury – COMPETITION SERIES LONGUES.
Mamadou Sidibé : Alors, je ne sais pas qui exactement de l’organisation de CANNESERIES mais oui, je présume un des membres de l’Équipe Artistique a contacté mon agent. Après le visionnage de la série « UN PROPHÈTE ». Et non, Canal Plus.
Comment tu imagines/imaginais cette semaine ? On est déjà à la 2e mi-temps. En « Box-to-Box » ou tu ne l’as pas du tout projeté.
Mamadou Sidibé : Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. À quoi la ville allait ressembler ! À quoi le festival allait ressembler ! Comment allait-on s’entendre entre membres du Jury ? C’est tellement une belle surprise. Franchement, je suis en train de passer un moment incroyable. De vivre une expérience inoubliable. Encore une fois, ce n’est que de belles surprises.
Est-ce qu’au-delà de tes obligations en tant que Juré, tu as pu te détacher pour visionner quelques projets en lien avec le sport ? Le Sport et notamment le football, cette saison 9, est de nouveau une thématique forte.
Mamadou Sidibé : Non, je n’ai vraiment pas le temps de me porter sur d’autres séances d’autant que oui, on est tenu d’assister à toutes les projections des séries en Compétition Long-format.
– Être Un jeune retraité
Encore ailier en 2022. Lorsqu’on passe ainsi, d’un terrain de football à un plateau de tournage, quel est le plus gros gap ? Deux univers tout de même, bien différents. Ou in fine, est-ce d’un monde à l’autre ?
Mamadou Sidibé : En réalité, ça se ressemble énormément. L’endroit, si on parle de ressenti, où j’éprouve une grosse différence est quand même le plateau. Sur le terrain, j’ai l’impression qu’avec le mouvement continu de tous les joueurs, chacun est un peu plus caché. Et nos propres responsabilités, aussi. Elles sont diluées. Sur le plateau, même si ça reste un travail d’équipe, c’est toi. Toi et ton jeu. Là, tu as la responsabilité de ce que tu produis, à l’instant T. Sur le terrain, tout est un peu plus noyé. Tu deviens responsable lorsque tu as le ballon dans les pieds. Et de comment tu le fais progresser. Ça s’arrête là. Je ressens beaucoup plus de responsabilités quand je suis sur un plateau de tournage avec toutes les caméras en fonctionnement et tout le monde autour te regardant que sur un terrain de foot plein de supporters. Est-ce du fait du mouvement ? De l’action de jeu ? D’être ensemble dans le stade ? Ça, je ne sais pas.
En quoi ton ancienne carrière sportive t’a aidé dans ta nouvelle carrière d’acteur ? Est-ce que tu as pu transposer certaines choses ?
Mamadou Sidibé : Ma formation dans le cinéma, ça a été le foot. Tout ce que j’ai emmené avec moi en bagage dans le cinéma vient du foot. Vient du sport. Le sens du détail, de l’observation. L’endurance. La discipline. Le fait de respecter chacun des projets. En soit, d’être rigoureux à 100 %. La rigueur. Le mental. L’acceptation du rejet. Le monde du cinéma, c’est énormément d’attente. Se soldant parfois par du rejet. Tout ça, je l’ai pris de ma formation footballistique. Heureusement que j’ai fait du foot toute ma vie, en fait pour avoir en effet, cette distance. Rigueur. Détermination. Envie. Passion. Je dois tout à ma 1re formation.
Nadia Melliti*, César de la Meilleure révélation féminine, vient aussi du ballon rond ; avez-vous eu l’occasion de vous rencontrer ?
Mamadou Sidibé : On s’est rencontrés. Elle est géniale. Je l’aime trop. En faisant connaissance, on s’est rendu compte qu’on avait énormément de similarités sur plein d’aspects. Évidemment, notre 1re formation, le football, puis notre arrivée sur le tard, au cinéma. On a fait les mêmes études. Mêmes dans nos vies personnelles respectives… On est assez choqués. C’est une super personne. Et une très très bonne actrice. On rigole tellement ensemble.
*Pour son rôle de Fatima dans La Petite Dernière d’Hafsia Herzi, elle a aussi été distinguée par le Jury d’Un Certain Regard (Festival de Cannes 2025) du Prix d’Interprétation féminine. En pleine lucarne, elle ramène le César d’Or à défaut du Ballon d’Or.
– Être Un Prophète
1er casting sauvage. 1er casting décroché. C’est assez fou ! Pour une série qui reprend librement le film éponyme de 2009 de Jacques Audiard. Multi-récompensé dont 9 César. Est-ce que toi, tu connaissais le film ? Ou non. Si non, t’es-tu refusé à le visionner pour ne pas être biaisé dans ta propre interprétation ?
Mamadou Sidibé : Je ne connaissais pas le film, avant. Et pendant le casting, je l’ai regardé une fois pour savoir tout de même, dans quoi je m’engageais. Ensuite, du début jusqu’à la fin du tournage, je n’y suis pas revenu. Après le tournage, je l’ai en revanche visionné un million de fois.
J’ai travaillé avec le réalisateur, Enrico Maria Artale et une coach, Karine Uris. On a vraiment essayé de rester authentiques. Nous-mêmes. De ne pas copier le film. La série reste inspirée mais elle dépeint une histoire bien différente. Il fallait juste être soi-même. Je suis restée moi-même.
Très honnêtement, je suis allée au bout de la série « UN PROPHÈTE » grâce à ce qui tu as mis dans le personnage de Malik (El Djebena). Soit, beaucoup de douceur. Beaucoup de regards expressifs sous couvert de silence. Est-ce que c’est entre autres chose, ce que tu voulais insuffler à Malik ? Ou c’était écrit, ainsi. Qu’est-ce que l’un a apporté à l’autre ? Et vice-versa.
Mamadou Sidibé : Dans l’appel à casting, la sensibilité était reprise dans la description du personnage. Il recherchait indéniablement de la sensibilité. Laquelle ? Je ne sais pas. Ma sensibilité l’a emporté. Moi, j’ai voulu apporté cette douceur-là à ce personnage.
J’ai tellement d’empathie pour Malik ; je le défends tout le temps. J’ai envie de l’aider. J’ai envie d’être avec lui. Peu importe ce que j’entends. Avec tous les traumatismes successifs qu’il a vécus dès le 1er jour de sa jeune vie, il était nécessaire d’incarner l’humain qu’il est. Tous les choix, il les a subis. En ça, il est pur. Certes, au fil de la narration, il finit par décider. Mais oui, j’ai énormément d’empathie pour Malik.
– Être Un Poète en herbe
Est-ce que tu dirais comme lui, que tu es un amoureux des mots ?
Mamadou Sidibé : Beaucoup beaucoup. J’adore jouer avec les mots. Je trouve ça beau. Les mots sont très très impactant. Ils peuvent être très dangereux tout comme ils peuvent réellement changer une journée. Une vie. Les mots, c’est très très puissant. Même si je suis quelqu’un qui préfère les actes.
Je sais que tu lis pas mal de poésie ; est-ce que tu as un poète réconfortant ? Pouvant dorénavant te suivre sur les plateaux de tournage.
Mamadou Sidibé : J’ai commencé à lire très tard, ces dernières années. Actuellement, je fais un peu ma culture. Je lis Les Contemplations de Victor Hugo. Un classique. Mais… The Book of Healing de Najwa Zebian. Une poétesse libano-canadienne. Ce recueil de poèmes est magnifique. Sa lecture m’a beaucoup aidé dans mon développement. Dans l’acceptation, de la rupture avec le sport – j’arrêtais à ce moment-là, le foot – ou avec des personnes. Accepter pour guérir. J’ai beaucoup appris grâce à cette lecture.
Et c’est un peu à ce moment-là où j’ai aussi commencé à écrire. Tu écris ? Oui, j’écris des poèmes. J’écris sur l’amour. Sur les différents types d’amour. Fraternel, paternel, maternel, 1er amour… Chaque histoire a son poème.
– Être Un Bel Humain.
À défaut du pink carpet, il se pourrait bien qu’on retrouve ce Bel Humain dans quelques jours, fouler le tapis rouge du Festival de Cannes. Une autre 1re. En effet, la dernière réalisation de Judith Godrèche : MÉMOIRE DE FILLE est sélectionnée à un Certain Regard.
